C'est la fin. Je le sens. C'est la maison toute entière qui s'active, et moi en vain qui tente de retenir les derniers cadres accrochés aux murs. Et encore ... Même eux s'en vont de bon c½ur comme si cet endroit ne leur plaisait plus. Je voudrais crier très fort que ce n'était qu'une blague, dire à des visages ébahis que les livres sont retournées à leurs étagères et que la chambre est encore vivante. J'aimerais. Clouer très fort les photos, les meubles. Même les assiettes, les coller à la table, et la table au plancher. Que jamais rien ne disparaisse, que jamais les pièces ne s'effacent. Jamais.
J'ai mal de voir peu à peu se désintégrer la tapisserie que forment les photos qu'un an auparavant j'avais patiemment scotchées à côté de la porte. Ces photos qui portaient les souvenirs infinis d'une quinzaine d'années passées à voyager de ville en village, d'appartement en maison, de père en mère. Ces clichés fièrement exposés à Julie qui m'écoutait parler tout en écrivant des poèmes absurde sur la beauté du monde. Cet été hors du commun qui avait fait évoluer toute l'âme que j'étais et que je partageais à présent avec ma Toute Jolie, ma dénommée Julie.
Enfin bon. J'y pense à cette chambre. Cet endroit que j'ai remplis de mes rires et de mes larmes, que j'ai fait bouger dans tous les sens, cet endroit où j'ai parlé avec C., pensé à A., ouvert les yeux sur P. ... Cet endroit qui sait tout, qui sait ce que les amis ne savent pas forcément, et qui m'a protégé, moi, l'enfant timide, de cet univers oppressant qui pouvait parfois m'atteindre.
C'est con d'écrire ici, je me dis. C'est con. Mais ça délivre aussi des émotions latentes ou débordantes qui se tuent à vous faire vivre. Alors, amis, lecteurs, connards, salopes, ou ce que vous considérez être, vous savez ce que je ressens à ce moment précis, et je terminerais par ces mots : Don't worry, be happy. Try.